Sortir l’artisanat des sables mouvants

De nos jours, être artisan n’a jamais été aussi facile et aussi périlleux. N’importe qui peut coller deux morceaux de plastique ensemble et réaliser quasiment n’importe quel objet, mais il est devenu extrêmement difficile de réaliser un objet de façon pérenne et écologique, sans produits pétroliers, sans matériaux ni outils importés depuis l’autre bout du monde. Le travail de la laine, du bois, du cuir, des fibres végétales, des métaux … tous sont infiltrés par ces innovations qui dénaturent et fragilisent notre travail.

Il nous faut retrouver la maîtrise des outils et des matières premières et ce n’est pas chose aisée. Les trop rares à le proposer n’ont d’autre choix que de le faire payer une fortune afin de garder la tête hors de l’eau. Ainsi restons nous prisonniers pour la plus grande partie d’entre nous de nos dépendances technologiques et matérielles et la situation se dégrade t’elle décennies après décennies, à mesure que les savoirs-faire sont enterrés. Pire encore, la nature même de l’artisanat, domaine de la maîtrise et de la spécialisation, appuie involontairement cette tendance. Qui a le temps d’apprendre la menuiserie quand il doit déjà tisser ou tricoter ? Qui peut se permettre de forger quand il doit déjà faire des objets complexes en bois ?

Face à cette situation, Lierrant décide d’aller à contre courant et de proposer des outils pérennes et résilients à bas prix. C’est un contre sens économique mais laisser l’artisanat couler en est un plus grand encore, qui nous emportera tous si nous ne réagissons pas et il ne faut pas oublier que c’est toujours le premier pas qui est le plus difficile. Si nous proposons en premier, en créativ commons et dans un esprit de partage solidaire, nous sommes certains que d’autres nous emboîterons le pas pour revitaliser la machine et perpétuer ce cercle vertueux.

Il est urgent aussi de recréer des ponts, d’une part entre les artisans des différentes branches et d’autre part entre les artisans et leurs clients. Tant qu’il y aura d’un côté les créateurs et de l’autre les consommateurs, les premiers seront toujours trop peu nombreux et les seconds insatisfaits. Et pour finir, nous serons tous étouffés par la production de masse. À l’origine de l’humanité, nous étions tous artisans, nous fabriquions pour nous et nos familles, chacun à notre niveau, chacun selon nos talents. Loin de cette peur paralysante de la dilution du métier qui causerait sa perte, il faut donc se souvenir qu’il n’y a pas de métier sans transmission et étant donné le peu d’artisans présents aujourd’hui en France, un pourcentage non négligeable de ces successeurs de métiers se trouvent parmi les clients passionnés qui nous commandent et font déjà preuve de la passion, de la créativité et de l’esprit d’initiative qui nous guide tous. À nous d’oser ouvrir nos ateliers et nos cœurs.

Ainsi, Lierrant va se spécialiser pour partie dans la création et la vente de kit de création poly-compétences, pour des ouvrages réellement utiles et ambitieux qui ouvriront le maximum de portes au maximum de curieux. Des chaussures en kit (tricot et cuir), des réchauds en kit (poterie et forge), des coffres de rangement (menuiserie et vannerie), des outils (forge et menuiserie) et enfin des vêtements (tissage et tricot). Le tout à un prix abordable, proche de ce que coûterait l’objet dans l’industrie et avec un manuel de fabrication poussé, un carnet d’adresses de fournisseurs et des références solides vers les maîtres afin de pouvoir aller plus loin.

Puisse cette pierre faire de nombreux remous dans la mare 🙂